La vie d’hôtel

Je suis arrivée mardi soir à Québec pour participer à un séminaire sur la traduction.  Quelques constatations : c’est agréable de parler français avec d’autres personnes que le viking; c’est agréable aussi d’avoir une femme de ménage. Mardi soir,  j’ai eu un aperçu de la vie d’hôtel, et je suis contente d’être une cliente et non un membre du personnel.

Imaginez une Jackie qui mange une salade au bar de l’hôtel en sirotant un verre de blanc, parce que le restaurant est fermé. Le barman rigole avec cinq ou six personnes installées au bout du bar, manifestement des amis. Tout à coup, deux trentenaires habillées-en-vendredi-soir-même-si-on-est-mardi demandent huit cul-secs (shooters) et demandent au barman s’il est seul, ou s’il peut quitter le bar. Peut-être un busboy peut-il s’absenter? Ces femmes veulent souligner l’anniversaire d’une amie par la livraison des huit consommations par un homme torse nu. Le barman refuse, il ne peut quitter son poste, et personne de la cuisine non plus. Les femmes insistent, insistent, tant et si bien qu’un des amis du barman se propose, tout en exigeant de garder son chandail. Les filles font la geule, mais acceptent faute de mieux. Le gars revient quelques minutes plus tard, toujours habillé… des folles, dit-il, et je n’ai pas de difficulté à imaginer ce qui s’est passé,  d’autant plus qu’avant de quitter le bar, les femmes ont annoncé à la cantonade qu’il n’y avait que des femmes dans la salle de réception….

N’allez pas croire que je suis choquée par l’audace de ces femmes, ou par leur manière de draguer sans subtilité. Je suis par contre choquée par l’objectivisation du corps de l’homme ou de la femme. Pensez à la réaction probable de ces femmes si les rôles avaient été inversés,  si des hommes avaient proposé à ces filles au bar d’apporter un plateau de consommation torse nu, dans une salle où il n’y aurait eu que des hommes…

Bref, cet épisode m’a fait réfléchir au fait que l’exploitation sexuelle,  dans un sens ou dans l’autre, est malheureusement encore bien présente dans notre société.

Départ imminent…

… je quitte la Californie mardi prochain pour une durée de cinq semaines. J’irai tout d’abord à Québec pour assister à un colloque sur la traduction, ensuite, ce sera Montréal et trois semaines de vacances en France. Je continuerai de publier sur le blogue, mais évidemment, la Californie ne sera plus en vedette. Je devrai maîtriser l’art de publier un blogue à partir d’une tablette: il y aura peut-être moins de photos.

Je ne suis jamais partie aussi longtemps. J’avoue que j’ai hâte de revoir des amis et des membres de ma famille. Le viking lui, reste ici… Ne le prenez pas en pitié, il préfère que je parte m’amuser plutôt que je reste ici avec la mine basse. À mon retour, ce sera la période idéale pour planifier nos vacances de Noël au Québec.

Si vous souhaitez me voir au Québec, communiquez avec moi pour planifier un rendez-vous.

 

Mieux vaut être riche et en santé…

… que pauvre et malade. Cette expression prend tout son sens ici aux États-Unis, un pays sans véritable assurance-maladie publique, où les compagnies d’assurance et les entreprises pharmaceutiques s’en mettent plein les poches.

Au Québec, beaucoup de gens réclament davantage de « privé » dans le réseau de la santé, sous prétexte que l’entreprise privée gère mieux ses activités que le gouvernement et que les contribuables économiseraient. Je vous rappelle cette vérité de La Palice : le seul objectif de l’entreprise privée, c’est de faire des profits. Elle est plus efficace pour réduire ses coûts, pas plus efficace pour traiter les patients.

Il existe dans tous les États un réseau public de la santé pour les démunis et les personnes de plus de 65 ans. Sinon, un citoyen doit acheter seul une assurance, ou être couvert par une assurance payée en partie ou en totalité par son employeur.

J’ai eu tout un choc lorsque j’ai dû payer mes médicaments d’ordonnance en juin. Notre assurance ne rembourse que les médicaments génériques. Or, le principal médicament pour traiter l’asthme que je prends tous les jours est une marque déposée d’une grande société pharmaceutique; il existe peu de médicaments génériques pour traiter l’asthme. Je me suis rendue sans méfiance à la pharmacie, où j’ai reçu une facture de 376, 85 $. Le principal médicament, proche de celui que je prenais au Québec, coûte 356,85 $ après remise, puisque la pharmacie le vend sans scrupules à 396,99 $. Cela fait très cher la dose, ce 400 $ est seulement pour un mois d’utilisation. J’avoue avoir profité du fait d’être dans un milieu anglophone et asiatique pour lancer un chapelet de jurons québécois pendant que je réglais avec ma  carte de crédit…

Au Québec, le médicament similaire me coûtait 95 $ avant le remboursement de l’assurance privé, ce qui est tout de même loin de 400 $. Mon médecin a convenu de me refaire une autre ordonnance, que j’ai envoyé à une pharmacie « en ligne » du Manitoba. Résultat? Je paie désormais 80 $ par mois, non 400 $.

Dans le journal de mardi, une journaliste expliquait que le traitement d’une morsure de son chat, qui a provoqué chez elle une infection sévère au bras, a coûté 13 360,03 $. L’observation de 36 heures à l’hôpital? 8942 $ L’admission à l’urgence? 1861 $. Les analyses de laboratoires? 1364 $. Un comprimé de Tylenol? 2 $. Elle concluait sa lettre en soulignant qu’à chaque année, 60 % des faillites personnelles aux États-Unis sont liées à des frais médicaux et qu’il était temps que le gouvernement fédéral se dote d’un véritable réseau d’assurance-maladie public; je suis entièrement de son avis.

Le viking et moi, au cours des premières semaines de notre séjour, on se faisait des remarques du type « T’as remarqué combien il y a de gens amputés? » « Il y a bien des gens qui n’ont pas de dents, comme au Québec il y a 50 ans. »

Aucun régime de santé public n’est parfait, que ce soit au Québec, en France, ou ailleurs, mais au moins, un diagnostic de cancer ne signifie pas qu’un citoyen canadien ou français doive déclarer faillite, ou choisir entre payer ses médicaments ou son hypothèque.

(Si vous comprenez l’anglais, allez voir l‘histoire d’un doctorant de UC Berkeley atteint d’un cancer et qui, après deux ans de traitement, apprend que sa limite de 400 000 $ de frais médicaux est atteinte et que l’assurance ne veut plus rien rembourser.)

Rats de laboratoire (ajout)

Le viking l’ignore, mais il participe avec moi à une étude sur le bilinguisme, étude dont je dirige les travaux. Je suis traductrice, mais au-delà de l’écrit, j’aime lire tout ce qui touche le langage, son acquisition et son développement, l’histoire des langues, etc. Depuis un peu plus de sept mois, nous sommes des locuteurs francophones qui vivons dans un environnement anglophone. Est-ce que cet environnement a des répercussions sur notre langage? Voici donc quelques résultats préliminaires de mon étude.

Le viking travaille cinq jours par semaine dans un environnement anglophone, où il parle anglais durant la totalité de son temps travaillé. Quant à moi, sauf quand je vais à l’université une fois par semaine à Berkeley, je parle peu anglais. Par contre, je suis davantage exposée à l’anglais écrit : je lis le journal et des revues en anglais, j’ai suivi un cours de grammaire ce printemps, et là, je suis un cours de révision en anglais. Nous avons donc des symptômes différents.

Le viking souffre de trois symptômes normaux : l’emprunt, le calque, et le faux ami. (La majorité des exemples sont fictifs, mais sont représentatifs de nos erreurs).

L’emprunt : « il y avait beaucoup de traffic sur le freeway. » (beaucoup de circulation sur l’autoroute)

Le calque : «  il y avait un parc d’eau tout près » (parc aquatique)

Le faux ami : « on pourrait poser les cabinets plus haut sur le mur de la cuisine » (armoires)

Mes symptômes sont plus insidieux :

L’oubli : « j’ai lu dans le journal que … ah, comment ça se dit en français? Attends, je vais chercher! »

L’inversion de mots : (vrai exemple de ce samedi matin) « Ah, tu as déjà rempli les toasts! Euh, les tasses! »

« Passe-moi la télévision. — Tu veux dire la télécommande? Oui, la télécommande! C’est pas ce que j’ai dit? — Non, tu as dit la télévision. Ben, c’est pas ça que je voulais dire! »

L’inversion des syllabes : « J’aime vêler en rouleau, euh, rouler en vélo! »

Depuis deux mois, je suis championne dans ces deux dernières catégories. Rassurez-vous, je vais bientôt aller me faire soigner en passant du temps au Québec et en France.

(Les personnes intéressées par le bilinguisme peuvent consulter le blogue rédigé en anglais du linguiste d’origine suisse François Grosjean sur le site de Psychology Today, Life as a Bilingual.)

Retour de la décennie 1980

Je ne sais si c’est la même chose au Québec en ce moment, mais ici, il y a une vague rétro de la décennie 1980 qui est est bien enclenchée. Démonstration en trois points :

1) Les vêtements fluos. Le phénomène semble heureusement limité aux enfants et aux adolescents…

2) La chanson de l’été dans la région est Out of My League. Le chanteur du groupe et auteur de la chanson indiquait, dans une entrevue publié dans le San Francisco Chronicle, avoir voulu faire une parfaite chanson d’été pop comme celles qui étaient populaires dans les années 1980. Pari réussi! La première fois que j’ai entendu cette chanson, je croyais que c’était une chanson de 1982 que je ne connaissais pas. L’esthétique de la vidéo est aussi inspirée de celle de l’époque des premiers vidéo-clips. La chanson joue environ 50 fois par jour sur les ondes de la station de radio « alternative » Live 105.

3) La région de San Francisco et la Silicon Valley sont résolument tournées vers l’avenir, croyez-vous. Les gens ici sont obsédés par la technologie qui améliorera le monde et fera grossir leur portefeuille, pensez-vous. Ce n’est pas totalement faux, mais en parallèle à cette obsession de l’avenir, il existe une fascination pour quelque chose du passé: les jeux d’arcade!

À Alameda, ville située sur l’île du même nom juste en face d’ici, il y a un musée des jeux d’arcade, le High Scores Arcade. Il est possible d’y aller jouer sur une trentaine d’appareils, en plus de quelques « machines à boules » mécaniques (mes préférées!). Le tarif est très accessible, 5 $ de l’heure ou 10 $ pour la journée.

Vendredi, en une de la section affaires du journal, il y avait un article sur une entreprise d’Antioch appelée All You Can Arcade, qui, tenez-vous bien, loue de tels appareils au mois. Pour quiconque a l’espace nécessaire, la location d’un appareil coûte 75$, livraison comprise. Un couple d’Oakland, qui doit habiter dans une maison gigantesque, racontait avoir décidé de louer trois appareils pour faire connaître ces jeux à leurs fils.

Il paraît qu’il y a de plus en plus de « barcades » qui ouvrent leurs portes, où les clients peuvent jouer sur ces appareils au tarif de l’époque. Le prix de la bière est par contre celui de 2013…

Ce que cela signifie? Je crois que les gens de ma génération, les 35-45 ans, qui approchent de l’âge moyen, commencent à être nostalgiques de leur jeunesse. La nostalgie semble toujours aussi rentable.

Déménagement en vue

C’est fait! Le viking et moi sommes désormais propriétaires d’un coquet appartement à Oakland, au nord du Lac Merritt. Nous déménagerons cet automne. Si vous regardez une carte d’Oakland, au nord du lac, il y a une tache verte, le Morcom Rose Garden. Notre cour arrière sera ce jardin de roses. Il s’agit d’un quartier qui semble très paisible; nous habiterons toujours à Oakland, à quelques rues de la ville de Piedmont, une enclave semblable à Westmount, où vivent des gens fortunés.

Bien sûr, il a fallu faire des concessions. Mon rêve d’un immense appartement pas trop cher à proximité d’une station de métro était trop beau pour être réaliste. Nous avons donc choisi un appartement suffisamment grand, semblable celui où nous sommes actuellement, accessible par bus depuis le centre-ville, le même bus qui se rend ensuite près de l’université à Berkeley. De plus, à vélo, le centre-ville est à moins de 10 minutes, et une épicerie se trouve sur l’avenue Grand, à un coin de rue du jardin de roses.

Vendredi soir, nous sommes allés fêter cela au Terrace Room, dont la salle à manger surplombe le lac.

Les prochaines semaines seront consacrées à magasiner pour un parquet de bois, des armoires de cuisines et de la peinture. Le viking a été nommé responsable de chantier, et moi, Miss Déco!

La poutine californienne

Je dois vous faire une confidence : la poutine est un goût acquis chez moi, qui augmente avec l’âge. Pendant des années, je n’en mangeais qu’une ou deux par an; maintenant, ma moyenne est un peu plus élevée, du moins avant notre départ du Québec.

Oakland a beau être dans l’ombre de San Francisco, il y est possible de déguster ce mets exotique qu’est la poutine dans deux établissements: le Chop Bar (version de luxe à 18 $) et au Beauty’s, qui propose aussi des bagels « montréalais ». Malheureusement, je ne suis pas encore allée tester l’une ou l’autre de ces poutines, ni les bagels (mais ça ne saurait tarder).

Il y a une dizaine de jours, le viking et moi sommes allés au Tribune Tavern, un de ces restaurants comme il en pleut depuis cinq ans, qui proposent de la nourriture réconfortante (lire: pâté chinois, saucisses et patates, hamburgers) revampée (lire: plus chère qu’au resto du coin traditionnel).

J’ai commandé les « frites de la culpabilité » (guilty fries), le met qui ressemble le plus à une poutine:

Des frites nappées de fondue au fromage à la bière et garnies de porc effiloché. Je ne me suis pas sentie coupable parce que j’avais gravi de nombreuses collines à vélo durant l’après-midi…

Quoi de mieux pour accompagner ce met qu’une bonne bière :