2013 : le bilan

Le viking et moi avons quitté le Québec le 26 décembre 2012. Cela fait donc un an que nous sommes des Californiens. Quel bilan tracer de notre année?

Nous sommes heureux là-bas : le travail du viking a comblé ses attentes; le climat tempéré d’Oakland nous convient tout à fait; nous avons réussi à vendre notre maison de Montréal et à racheter un appartement en sept mois; nous commençons à nous faire des connaissances; bref, cette année charnière est très positive. Quant à moi, je me suis bien acclimatée à cette nouvelle vie et je vais continuer mes études en 2014.

J’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur la Californie et les États-Unis en général. La Californie est différente du Québec et c’est une bonne chose : personne ne déménage à l’étranger pour retrouver ce qu’il y a chez soi. Sinon, on rentre au pays assez rapidement.

La Californie et la région de San Francisco sont tournées vers l’avenir et il y a un dynamisme qui est très intéressant à voir avec tout ce qui se passe du côté des entreprises du milieu des technologies de l’information. Bien sûr, cette nouvelle bulle ne sera pas éternelle, mais elle suscite de nombreuses vocations d’entrepreneurs : à lire les journaux, on dirait que tous les jeunes veulent démarrer une entreprise. Cela témoigne d’une confiance dans l’avenir, laquelle contraste avec le « no future » du milieu des années 1980 dont je me souviens très bien.

Tout n’est pas si simple et si rose pour tous, mais il s’agit d’un bon moment pour vivre en Californie. L’État n’est plus au bord du précipice comme en 2009 (lire ici un article en français) et la Californie est sortie plus rapidement du marasme qui plombe toujours le pays depuis 2008. En novembre 2013, le taux de chômage de l’État était de 8,3 %; celui de San Francisco, 6,3% en octobre 2013. Rien à voir avec le taux de 12,4 % de février 2010 pour l’État.

Peu importe où vous vivez, je vous souhaite encore une fois une excellente année 2014.

 

De neige et de glace

Le viking et moi sommes de retour au Québec pour des vacances hivernales bien méritées. Je vous rassure tout de suite : non, ce n’est pas si difficile de se réaclimater à l’hiver après un an d’absence; nous avions seulement oublié qu’il faut ajouter quelques minutes à un horaire de déplacement pour déblayer et déglacer une voiture…

En feuilletant le Journal de Montréal, je me suis rendue compte que l’actualité était la même depuis l’an dernier : scandales d’octrois de contrats gouvernementaux, scandale des commandites, le sacro-saint Canadien de Montréal en une et les mêmes artistes dans les pages cultures. Je compte profiter de mon passage ici pour ramener quelques disques (très 20e siècle,  je sais) parus dans la dernière année,  notamment de Pierre Lapointe, des Trois Accords,  d’André Papanicolaou et de Keith Kouna (allez regarder Batiscan sur You Tube, une superbe chanson). Si vous avez d’autres suggestions francophones, n’hésitez pas à m’écrire!

Vers un nouvel État américain?

Selon les résultats d’un sondage publiés cette semaine, des citoyens et des conseillers municipaux de 10 comtés du nord de la Californie se disent en faveur de la création d’un nouvel État, l’État de Jefferson, si ces comtés se séparent de la Californie. Siskiyou, Modoc, Tehama, Shasta, Del Norte, Humboldt, Butte, Sutter, Yuba et Glenn sont des comtés ruraux, montagneux et peu peuplés situés près de l’Oregon.

Le mouvement de sécession remonte à 1941, mais la Seconde Guerre mondiale a eu vite fait d’étouffer ce désir d’autodétermination.  Les citoyens réclamaient des autoroutes pour exporter les ressources naturelles de la région. Selon le site http://www.jeffersonstate.com/, l’État de Jefferson, 51e État américain, comprendrait aussi des comtés de l’Oregon. Leur devise ? « Des gens libres, des marchés libres, un gouvernement limité ».  Ces citoyens veulent exploiter leurs ressources naturelles (bois et mines), sans se faire dire quoi faire par des « écofascistes » (un article à la une du site explique comment les « écofascistes » ont la main-mise sur les États-Unis).

Le logo de l’État compte deux XX; ceux qui parlent anglais et « québécois » vont faire le lien avec une expression vulgaire que je n’ose écrire ici, laquelle traduit un sentiment de frustration envers Sacramento, la capitale de la Californie, et Salem, la capitale de l’Oregon.

Avec une devise comme celle-ci : « Des gens libres, des marchés libres, un gouvernement limité », il n’est pas étonnant que 33 % des républicains de Californie et seulement 18 % des démocrates, selon le sondage, sont favorables à la sécession de ces comtés qui formeraient un nouvel État. Seulement 1002 personnes ont été sondées, ce qui me semble tout de même être un petit échantillon pour une population de 38 millions de personnes.

Pour que ce 51e État devienne une réalité, il faudra que les assemblées législatives et les congrès de la Californie et de l’Oregon donnent leur aval au projet. Cet État, aussi appelé « État d’esprit de Jefferson », reste pour le moment un beau sujet d’article, sans plus.

Volatiles du dimanches

Dimanche après-midi, le viking et moi sommes allés faire une balade au lac Merritt. Nous n’étions pas les seuls :

 

 

lacmerritt-12-08-2013La lumière de la fin de journée était très belle:

panorama-volatiles-merritt

 

Nous avons fait un brin de causette avec d’autres expatriés canadiens:

outardes-12-08-2013

 

C’était un peu froid pour les oreilles au bord du lac, à cause du « vent du large ». La vague de froid des derniers jours a malheureusement causé la mort de quatre sans-abris dans la région et les refuges ont augmenté temporairement  leur capacité d’accueil. Mais la météo devrait retourner à la normale dès demain.

 

Zéro

Zéro degré Celsius. C’était la température ce matin à 8 h 30. Je suis allée courir avec bonnet, écharpe et mitaines. Je crois que même Bertha la dinde a préféré rester au chaud dans son nid, puisque je n’ai vu qu’un seul autre sportif ce matin.

Les gens ici trouvent ça froid. Hier, je suis allée me promener à 16 heures, il devait faire 3 ou 4 C; c’était juste assez vivifiant. Le seul inconvénient de cette température froide, c’est qu’on gèle près de notre évier.

Il y a eu un dégât d’eau il y a deux semaines, le drain des éviers de cuisine était si bouché qu’il y a eu refoulement. Le plombier a dû démolir le mur de la cage d’escalier pour changer un bout de canalisation. Le mur est ouvert depuis pour faire sécher l’isolant qui était gorgé d’eau. Le problème, c’est que le garage et les cages d’escaliers sont exposés aux quatre vents: ils comportent des ouvertures grillagées sans fenêtre. Depuis trois jours, chaque fois que j’ouvre l’armoire pour prendre quelque chose, je sens une brise glaciale. Heureusement, ça ne refroidit pas toute la cuisine, mais j’espère tout de même que le mur sera réparé avant Noël…

 

 

Un feuilleton branché

Le San Francisco Chronicle est le journal le plus important de la région. Dans les années 1970, il a publié un feuilleton qui a donné naissance à une série de romans et une série télévisée, Tales of the City, traduites en français sous le nom de Chroniques de San Francisco. Bourré d’intrigues, de personnages et de rebondissements, ce feuilleton a consacré son auteur, Armistead Maupin, comme l’une des grandes voix du roman américain des dernières décennies.

Depuis quelques semaines, le journal publie le mercredi et le samedi un feuilleton intitulé Click City. L’action se déroule à San Francisco dans le milieu des « technologies ».

Un des personnages principaux est Beth, une programmeuse informatique qui paye 800$ pour dormir sur un lit superposé dans une maison victorienne convertie en « auberge », où de jeunes programmeurs/entrepreneurs s’entassent en espérant faire fortune avec leurs logiciels ou avec n’importe quelle autre idée géniale liée de près ou de loin aux nouvelles technologies.

Si je n’avais pas lu qu’en plus des ces auberges pour programmeurs il existe des « communes nouveau genre » dont le louer mensuel peut atteindre 30 000$, je me serais vraiment demandé pourquoi autant de gens (de gars surtout) vivent à huit par chambre ou se contentent de louer un matelas chaque soir en formule « premier arrivé, premier servi », ou louent même un placard.

Pour ceux et celles qui souhaitent jeter un coup d’oeil sur cette nouvelle série Click City (en anglais), c’est par ici. Je suis déjà complètement accro!

Nouvelles réalités linguistiques

Depuis le début du mois, ma traductrice intérieure, qui ne dort jamais, grince des dents en lisant le journal et surtout se demande comment faire pour traduire en français une nouvelle réalité.

Tout a commencé par un fait divers. Le 4 novembre dernier, un élève de 18 ans d’Oakland, Luke Fleischman, dormait dans un autobus de la ville. Un garçon de 16 ans a mis le feu à la jupe que Luke portait ce jour là. Il a été gravement brûlé aux jambes. Le jeune de 16 ans aurait dit aux policiers qu’il était « homophobe ».

Luke se fait appeler Sasha et s’identifie comme agender, « sans genre ». Cette personne dit faire partie d’une communauté de gens « non-binaires », qui refusent de cantonner l’identité humaine en deux pôles, hommes ou femmes. Sasha demande d’utiliser le pronom pluriel « they » quand on parle de sa personne. They est pronom qui peut s’utiliser avec des sujets féminins ou masculins et se traduit par ils/elles. Ce qui fait qu’on lit des phrases dans le journal du type « Sasha est très agréable. Lorsqu’ils reviendront à l’école, je serai très contente des les prendre dans mes bras. »

Les jours suivants l’agression, je relisais parfois des paragraphes entiers parce que je me disait « euh, bon, quel est le référent de « they »? Si cette personne souhaite qu’on utilise le pluriel pour parler d’elle, il faudrait que tout s’accorde: « Sasha sont très agréables. Lorsqu’ils reviendront à l’école, je serai très contente des les prendre dans mes bras. »

Par exemple, en français, un monarque, un pape ou un juge peut utiliser le « nous » au lieu du « je ». Si vous croisez la reine Elizabeth dans un cocktail et qu’elle vous glisse à l’oreille « Nous sommes fières de vous », elle ne parle que d’elle. Elle ne changera pas de pronom en cours de phrase. Cette personne devrait faire la même chose; j’aurais moins mal à la tête le matin en lisant le journal.

Il n’y a pas de pronom neutre en français. Pour vous raconter cette histoire, j’ai écrit le plus souvent « cette personne » pour ne pas avoir à choisir entre le féminin et le masculin avec l’utilisation de ses prénoms. Déjà que l’Académie française a presque un siècle de retard pour la féminisation du langage, ce n’est pas demain la veille qu’elle se penchera sur l’utilité de créer des pronoms neutres pour illustrer de nouvelles réalités sociales. D’ici là, quel beau casse-tête pour les linguistes!