Le Québec en vitrine

Ce n’est pas souvent que le Québec est mentionné ici. Déjà que la Côte Est américaine est loin, la Côte Est canadienne, elle, l’est encore plus! Toutefois, deux éléments de la culture québécoise sont représentés ici temporairement.

Tout d’abord, le film Mommy de Xavier Dolan prend l’affiche aujourd’hui dans la région. Une bien modeste sortie (une salle à San Francisco et une autre salle dans Marin County), mais les films en français sous-titrés sont rares, et ceux qui sont à l’affiche sont généralement français, alors nous n’allons pas bouder notre plaisir.

Mommy a eu une excellente critique du journaliste Mick LaSalle, qui ne se gêne pas pour dire si les films sont bons ou non. (Vous pouvez la lire ici).

Et le 11 février, l’auteur-compositeur-interprète Rufus Wainwright sera en spectacle dans une petite salle d’Oakland généralement consacrée au jazz, Yoshi’s. Voir cet artiste dans une petite salle sera sûrement une belle expérience; nous allons voir la prestation de fin de soirée, espérons qu’il sera en forme!

Je me tiens au courant de l’actualité artistique québécoise par Internet, mais vous serez peut-être surpris d’apprendre que nous pouvons voir de nombreux films québécois et français sur Netflix, le service de télévision en ligne. Pour une raison que j’ignore, mais qui doit être liée aux droits d’auteurs, il semble plus facile pour nous que pour les abonnés du service canadien de Netflix de voir du contenu en français. Voici quelques films que nous avons vu en 2014 : Starbuck de Ken Scott, Rebelle de Kim Nguyen, Ne le dis à personne (France), Populaire (France), Tu seras mon fils (France), La faute à Fidel! (France) et une télésérie policière française « tout-le-contraire des séries policières américaines », Engrenages (peu de coups de feu et quand un suspect réclame un avocat après avoir reçu une baffe, il se fait dire « hé ho, t’es pas à la télé américaine ici! »). Et dans les films québécois que nous n’avons pas vus encore, il y a Laurence Anyways de Xavier Dolan et Inch Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Pas mal, non?

Mais j’avoue que mon coup de coeur, tout juste derrière les films francophones, sont les films et les téléséries scandinaves. Le Viking et moi avons regardé des productions suédoises (Wallander, Rita), norvégienne (Lillyhammer), danoises (Dicte, We are the best!, La chasse). La sexualité est traitée comme une chose normale dans les productions scandinaves et même les séries à l’atmosphère plus lourdes comme Wallander (Kurt Wallander est un policier usé par la vie) ont parfois des touches d’humour bien placé.

La série Lillyhammer est un cas à part, une coproduction américaine dans lequel un mafieux repenti (Frank) se cache à Lillehammer en Norvège parce qu’il a beaucoup aimé les Jeux Olympiques et qu’il pense que la mafia de New York ne le retrouvera jamais. La vedette est Steve Van Zandt, qui reprend un rôle similaire à celui de Silvio dans les Sopranos, mais en bien plus drôle! Je pense toujours à Montréal quand je regarde cette série, parce que Franck parle anglais et que les autres personnages lui parlent en norvégien… Bref, ça donne le goût d’aller visiter des pays sociaux-démocrates! Plus sérieusement, cela nous prouve qu’un petit territoire peut aussi produire de la grande télé exportable; le Québec et les pays scandinaves partagent la même exception culturelle.

La guerre des bagels

Voici la suite de la bande dessinée Pearls Before Swine publiée lundi :

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Rat : Qu’est-ce que c’est Steph?

Steph : Des bagels que j’ai ramenés de Montréal. Montréal fait les meilleurs bagels au monde.

Anonyme : Eh le dessinateur de p’tits bonhommes, va te faire foutre!

Rat: La réplique de New York.

Moi, je suis d’accord avec Stephan, la réputation des bagels de New York est vraiment surfaite, et ceux de Montréal sont bien meilleurs (ceux de la rue Fairmount, bien sûr!)…

Denis Coderre : « Merci Stephan! »

Le maire de Montréal, Denis Coderre, doit une fière chandelle au dessinateur Stephan Pastis. Ce dernier lui fait une belle publicité gratuite, diffusée aujourd’hui dans des centaines de journaux aux États-Unis et dans le monde entier. Un communiqué de presse québécois en parle ici. La bande dessinée s’intitule Pearls Before Swine.

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Une petite traduction vite faite pour mes lecteurs unilingues francophones :

Cochon : Où étais-tu la semaine dernière Steph?

Steph : J’ai visité Montréal. J’ai fait du vélo sur le Plateau, marché dans les rues du Vieux-Montréal, je me suis rendu au sommet du Mont-Royal.

Cochon : On dirait que t’as fait trop d’exercice. As-tu fait autre chose?

Steph : J’ai mangé de la poutine, ce sont des frites servies dans un grand bol avec du fromage en grain et de la sauce brune. Il y a aussi parfois une montagne de viande fumée sur les frites.

Cochon : JE DÉMÉNAGE À MONTRÉAL!

Rat : Tu as perdu son attention à « fromage en grains ».

Cochon : Accordez-moi l’asile, chers merveilleux mangeurs de poutine!

 

Il paraît que la suite sera publiée mercredi prochain si on en croit le communiqué.

Peut-être que la chaîne d’épiceries Trader Joe’s remettra sa trousse à poutine dans les congélateurs…. Lorsque je me suis rendue dans leur succursale près du lac Merritt la semaine dernière, je n’en ai pas vu.

 

Chaud et froid

Depuis que je suis rentrée, quand on me pose la question « Et puis, comment a été ton séjour? », je réponds « fatigant! ». Oui, chers lecteurs, comme j’ai dit à quelques personnes, « courir la galipote », c’est épuisant. Mais c’est si agréable que la détente mentale compense pour la fatigue physique.

J’ai bien aimé aussi me rafraîchir le système nerveux, il n’a fait très froid que deux jours avant mon départ, alors ça ne m’a pas gêné du tout! J’avais toute une provision d’accessoires d’hiver que je n’ai pas mis durant tout mon séjour!

Ici, la sécheresse se poursuit, et la taux de pollution est élevée à cause du… chauffage au bois! Il fait 15 degrés et les gens chauffent au bois! Et puisqu’aujourd’hui est la onzième journée consécutive d’alerte à la pollution et que le chauffage au bois est interdit, j’ai lu dans les journal un vendeur de bois se plaindre que les affaires vont mal. Euh, à cause de la sécheresse et du réchauffement climatique, si j’étais lui, je tenterais de diversifier mes activités avant qu’il ne soit trop tard…

Les narcisses et les jonquilles sont déjà là! Les magnolias perdent leurs fleurs, c’est vraiment plus chaud maintenant qu’à cette époque l’an dernier. Si ça peut vous consoler, dites-vous qu’en raison de nos vieilles fenêtres californiennes, nous chauffons aussi notre appartement parce que c’est tout de même l’hiver… (Parfois, je vais sur le toit au soleil pour me réchauffer!)

 

La proximité relative de l’horreur

Tous les jours, des centaines d’humains meurent dans des accidents de voiture, de train, ou d’autocar; dans des attentats; par maladie ou par malnutrition; de vieillesse et de chagrin. Tous les jours nous savons que l’horreur existe, mais pour échapper à l’angoisse que provoque son existence, nous faisons ce que les humains font depuis la nuit des temps : nous continuons à vivre parce que c’est la seule réponse sensée, et nous classons l’horreur dans des échelles de gravité.

L’attentat qui a fait 12 morts à la rédaction de Charlie Hebdo a eu un écho en moi : tout à coup, par proximité culturelle et sociale, l’horreur semble plus près. J’ai été journaliste, et comme bien des journalistes occidentaux douillets, quand je devais choisir des dépêches à publier, le nombre de morts était un facteur important. Seulement X morts dans la bande de Gaza? On ne publie pas. Un Canadien mort vaut bien de nombreux Africains et ainsi de suite : l’horreur est toujours relative.

Ce que je trouve horrifiant, c’est que cet attentat ait été perpétré en toute connaissance de cause contre des journalistes et des illustrateurs. Ce sont eux qui rendent compte de ce qui se passe dans nos sociétés. Sans les journalistes indépendants du pouvoir, libres de s’exprimer, nous serions tous des Nord-Coréens impuissants et ignorants du monde extérieur, forcés de vivre sous une propagande perpétuelle.

Ce matin dans le journal, je lisais qu’un blogueur de l’Arabie saoudite a été condamné à recevoir 1000 coups de fouet pour avoir insulté l’Islam. Si nous ne restons pas sur nos gardes, ce pourrait être n’importe qui d’autre, comme moi, qui pourrait être puni pour avoir fait ce qui nous semble si naturel ici : s’exprimer.

La censure est une autre forme d’horreur que nous devons combattre.

Le retour à un climat tempéré…

Ce n’est pas que je veuille remuer le fer dans la plaie de l’hiver, mais c’était agréable hier en descendant de l’avion de voir du soleil et de déambuler au centre-ville d’Oakland sans manteau: il faisait 17 degrés, tout un contraste avec le matin où j’avais attendu un taxi à Montréal en espadrilles par -20 C. (Parce que même si j’avais réservé une voiture la veille en après-midi, ladite voiture n’est pas venue et il a fallu que je rappelle la compagnie pour qu’un autre taxi vienne à mon secours.)

Heureusement, j’ai pu me réchauffer les orteils dans un bouchon de circulation à 5h45 sur l’autoroute 40….

Finalement, j’aurai attendu plus longtemps à la douane américaine à l’aéroport que pendant ce mini-bouchon, donc j’ai pu embarquer à temps pour un vol sans histoire.

La suite bientôt!