Méli-mélo

Je vais être honnête avec vous : depuis que nous sommes rentrés durant la première semaine de janvier, le Viking travaille 6,5 jours sur 7 et moi aussi je suis un peu plus occupée, alors j’ai très peu de nouvelles qui nous concernent. Mais nous allons bien : on se détend en regardant Infoman et en buvant un petit verre de vino les fins de semaine. Et nous allons avoir deux jours de congés la semaine prochaine, questions de nous recharger les batteries! D’ici là, je vous offre un méli-mélo de nouvelles régionales.

San Francisco, ville-musée

Je vous en ai parlé à quelques reprises, il y a un fort contingent d’adeptes de la philosophie « Pas dans ma cour » à San Francisco. Selon ces gens, rien, non, vous n’avez pas compris, RIEN ne doit changer à San Francisco. Les deux dernières manifestations de cette philosophie: la semaine dernière, je lis dans le journal qu’on songe à modifier la rue Stockton dans le quartier chinois. Imaginez vous une rue commerciale ordinaire, avec des trottoirs de largeur ordinaire, encombrés d’étalages, de passants, de mères qui poussent des poussettes, de vieux qui circulent en « marchettes », de consommateurs qui tirent de petits chariots à roulettes pour faire leurs emplettes, de touristes qui s’arrêtent sans crier gare tous les deux mètres pour prendre une photo… donc, la Ville veut élargir les trottoirs, parce que beaucoup de gens circulent sur la chaussée au péril de leur vie (et je l’ai fait moi aussi) parce que les trottoirs sont trop encombrés. Eh bien, il fallait que le lendemain quelqu’un écrive au journal pour dire qu’il fallait surtout pas élargir les trottoirs et changer ce qui fait le caractère du quartier chinois (et tant pis si des piétons se font tuer).

Quant à la deuxième chose, c’est encore plus rigolo. San Francisco manque cruellement de logements (probablement que l’obsession de la « ville-musée » y est pour beaucoup dans cette histoire); un projet d’immeuble de six étages et de dix unités a été récemment annulé par la commission des parcs et c’était la première fois qu’elle appliquait la proposition K votée en 1984 pour justifier son refus du projet. Et que dit la proposition K? Elle réglemente l’ombre faite par les immeuble de plus de 40 pieds de hauteur sur les parcs et les propriétés de la commission des parcs. L’ombrage sur un terrain de basketball et une aire gazonnée adjacents aurait augmenté de seulement 0,07 % sur toute l’année, mais comme ces endroits auraient eu 42 minutes de soleil en moins durant les soirées d’été, quand le parc est très fréquenté, la commission a finalement rejeté le projet d’immeuble.

Cachez ce pourboire…

En Californie, la loi ne permet pas d’offrir un salaire minimum réduit pour les travailleurs à pourboire, ni que ceux-ci partagent leurs pourboires avec les débarasseurs et le personnel de cuisine s’ils sont des serveurs. Comme le salaire minimum de San Francisco, d’Oakland et de Berkeley augmentera dans les prochains mois, certains restaurants ont décidé d’augmenter leurs prix de 18 % ou 20 % et d’annuler les pourboires afin de rééquilibrer les salaires entre le personnel de salle et de cuisine. Il paraît que des serveurs et serveuses peuvent gagner jusqu’à 50 $ de l’heure, alors que le personnel de cuisine stagne à 9 $ (le salaire minimum de l’État) ou 11,05 $ à San Francisco. En mars, le salaire minimum pour les entreprises d’Oakland passera de 9 $ à 12,25 $. Évidemment, certains disent qu’ils n’iront « jamais » dans ces restaurants, parce qu’ils tiennent au privilège de laisser ou non un pourboire. Je pense que les États-Unis sont si différents de la France (où les taxes et le service sont compris dans les prix et où les serveurs ont la réputation d’être arrogants) que je serais très surprise de voir des établissements se peupler de serveurs arrogants et incompétents sous prétexte que le pourboire n’est plus de mise.

Le chou frisé, c’est déjà dépassé

Vous avez acheté un super mélangeur pour vous faire des jus verts à base de chou frisé (kale)? Vous tentez de vous faire croire que vous aimez le chou frisé en salade? Ne souffrez plus! Le chou, c’est de l’histoire ancienne! Le super aliment de l’heure, c’est le cresson! (Mais c’est tout de même un légume-feuille vert…)

Des garçons, des filles…

Le Viking et moi sommes allés prendre un verre pour la saint-valentin dans un petit bistro italien de notre quartier. On croyait que c’était l’heure de l’apéro, c’était l’heure du souper pour les familles avec de jeunes enfants. Presque toutes les familles étaient des familles où les parents étaient de même sexe : San Francisco a beau être célèbre pour sa culture gai, Oakland serait la troisième ville aux États-Unis pour le nombre de familles où les parents sont de même sexe. Et vous savez quoi? Je ne remarque même plus la composition des familles tellement c’est normal. D’ailleurs, l’été dernier, le défilé de la fierté gaie d’Oakland avait refusé la participation d’un groupe « gars-en cuir-les-fesses-à-l’air » de San Francisco pour respecter le caractère familial de l’événement…

Un début d’année trouble à SF

Tout le monde s’accorde pour dire qu’en période de récession, la criminalité augmente. Les données sur la criminalité dans la région pour la période 2008-2012 étaient épouvantables.

Maintenant que l’économie va mieux, la criminalité baisse. Et depuis que la Californie impose aux fabricants de téléphones cellulaires de doter les appareils d’une fonction de désactivation à distance en cas de perte ou de vol, le nombre de vols d’appareils mobiles a grandement diminué : pour l’année 2013-2014, il y a eu une baisse de 27 % du vols de téléphones cellulaires à San Francisco, alors qu’en 2012, plus de la moitié des vols étaient des vols de téléphones!

Toutefois, un fait divers a vraiment étonné tout le monde, un « Luka Magnotta » local. Une valisé a été trouvée le 28 janvier près d’un magasin Goodwill, l’équivalent d’un magasin de l’Armée du Salut. Dedans, il y avait un torse. Une jambe a été trouvée un peu plus loin. Rien d’autre qui puisse permettre d’identifier la personne, ni dents ou empreintes digitales, puisqu’il n’y avait qu’un torse. Rapidement, la police arrête un homme qui figurait sur des caméras de surveillance; un de ses anciens colocataires est porté disparu depuis une semaine. Il a été libéré faute de preuves le mardi 3 février. Puis, coup de théâtre, on apprend dimanche qu’il s’est présenté la veille dans un hôpital, a fait un choc sceptique lié à une consommation de drogues, et est mort. Ce n’est que mardi cette semaine que la police a formellement identifié la victime, grâce à l’ADN fourni par des parents de l’ancien colocataire disparu : c’est bien Omar Shahwan qui a été tué. Il semble que le meurtrier ait emporté son secret dans sa tombe : pourquoi Omar a-t-il été tué, démembré, et où cela s’est-il produit?

Étrangement, ce genre d’histoire me conforte! On nous apprend toujours à nous méfier des étrangers, or, toutes les statistiques le prouvent : la majorité des personnes tuées connaissent leur agresseur! Au Canada et aux États-Unis, les tendances sont les mêmes : crime organisé et violence conjugale sont les principales causes d’homicides. Alors, arrêtons d’avoir peur des étrangers!

 

Et la vaccination, bordel?

Vous avez peut-être entendu parler d’éclosions de rougeole aux États-Unis, notamment en Californie. Oui, la rougeole, maladie qui avait été « éradiquée » des États-Unis en 2000 refait surface. Ici, l’éclosion est liée au parc d’attraction de Disney à Anaheim.

Le problème, c’est que de nombreux parents ne vaccinent pas leurs enfants. Contrairement à ce que vous pourriez penser, ce ne sont pas les pauvres-sans-assurances qui ne vaccinent pas leurs enfants, mais bien les-riches-qui-pensent-savoir-mieux-que-les-médecins-ce-qui-est-bon-pour-leurs-enfants. Selon les données les plus probantes, 92 % des enfants en Californie sont vaccinés contre la rougeole, mais dans les faits, certaines écoles ont des taux très élevés d’enfants non vaccinés, jusqu’à 23 %. Le problème, c’est que la Californie permet aux parents de refuser de vacciner leurs enfants contre n’importe quelle maladie sous prétexte de « croyances personnelles ». La plupart des États n’acceptent les refus de vacciner que pour des raisons médicales, par exemple, lorsqu’un enfant est immunosupprimé. Jusqu’à présent, 103 personnes auraient été infectées par la rougeole à cause de ce foyer d’éclosion d’Anaheim.

Je vous invite à lire cette rigolote mise au point du Pharmachien : 5 opinions mal informées au sujet des vaccins. Moi, je me fais vacciner contre la grippe tous les ans. Comment voulez-vous développer des anticorps contre des maladies qui peuvent avoir de graves conséquences si ce n’est grâce aux vaccins? Lorsque je lis que des mères refusent de donner « tous les vaccins » parce qu’il y a en « trop » pour laisser le temps aux enfants de « développer leur système », j’ai le goût de grimper dans les rideaux en hurlant « Heille! Dormais-tu dans tes cours de biologie?! » J’aimerais aussi leur rappeler ceci:

« Il est très probable que les maladies, et en particulier la variole, jouèrent un rôle majeur dans la colonisation de l’Amérique du Nord par les Européens, en réduisant la résistance des Indiens. On a estimé que les populations indiennes au Mexique diminuèrent d’environ 90 % pendant les 100 ans qui suivirent les premiers contacts avec les Espagnols. La variole et d’autres maladies furent un facteur déterminant dans ce déclin et il n’y a pas de raison de penser qu’il en fut autrement en Amérique du Nord. (…) Les Amérindiens n’avaient jamais été exposés à des maladies telles que la variole et ont été décimés par des épidémies. (…) L’établissement des colonies a simplement offert de nouvelles possibilités d’infections et de développement d’épidémie. (…) Certains colonisateurs interprétèrent ces pertes comme un signe du châtiment divin pour la résistance des Indiens: « Et Dieu mit fin à cette dispute en leur envoyant la variole… » (Source : Joanne M. Willey et autres, Microbiologie, De Boeck, 2010, p.408)

Louis Pasteur, le bienfaiteur de l’humanité et « un bon exemple de confiance en soi » (J’ai lu ce livre  plusieurs fois) doit se retourner souvent dans sa tombe ces temps-ci.

« T’es belle quand t’es fâchée »…

Samedi soir, le Viking et moi sommes allés voir « Mommy » de Xavier Dolan dans un cinéma au centre-ville de San Francisco. C’était la première fois que j’achetais des billets de cinéma en ligne et que je réservais des fauteuils numérotés; il y avait très exactement 22 places. J’ai dit au Viking: « On va peut-être se faire des amis?! » parce que j’espérais voir des Québécois, hélas, nous étions les seuls ambassadeurs de la province (sur environ 6 spectateurs!)

Avant le film, il y a eu une bande-annonce d’un documentaire sur l’essor du féminisme au États-Unis durant les années 1960 et 1970 intitulé « She’s Beautiful When She’s Angry », « Elle est belle quand elle est fâchée ». Je vais tâcher d’aller le voir, parce que je suis FÉMINISTE et que j’en suis FIÈRE. Les féministes veulent l’égalité entre les sexes et je peux vous dire que ce n’est pas encore fait! Le titre du film en est un bel exemple : combien d’expressions connaissez-vous qui ne s’appliquent qu’AUX femmes? Avez-vous déjà entendu une femme dire dans une dispute avec un homme « T’es beau quand t’es fâché? » ou « Y’a juste le métro qui t’es pas passé dessus! » et autres perles du genre.

Bien sûr, à titre de traductrice, les mots sont importants pour moi, mais il y a aussi les actions. La semaine dernière, un prêtre de San Francisco a déclaré qu’il ne voulait plus de fillettes comme servantes de messe, sous prétexte que c’est une activité qui prépare à la prêtrise et qu’il était important que les garçons aient une relation de type père-fils avec le prêtre. Et imaginez ma surprise quand j’ai vu des milliers de personnes défiler dans la rue Market au centre-ville de SF samedi dernier pour protester contre l’avortement et dire qu’ils étaient « pour le droit des femmes ». Je suis toujours étonnée de voir les conservateurs américains, traditionnellement enclins à vouloir toujours moins de « gouvernement » dans leur vie, vouloir à tout prix légiférer pour empêcher les femmes de décider par elles-mêmes ce qu’elles doivent faire lorsqu’elles sont enceintes.

Souvenez-vous lorsque le Viagra est sorti sur le marché, les compagnies d’assurance américaines et canadiennes ont tout de suite accepté de rembourser en totalité ou en partie ce médicament contre la dysfonction érectile, alors qu’encore aujourd’hui, les moyens de contraception (on ne parle pas d’avortement) féminins ne sont pas tous couverts dans les deux pays. Depuis que la loi sur l’accès aux soins de santé est en vigueur ici (« Obamacare »), des organisations se battent devant les tribunaux pour ne pas être obligés de couvrir la contraception comme la loi l’exige. Dire que nous sommes en 2015 dans un pays du G7!

Alors, pour toutes ces raisons et bien d’autres, je vais aller voir ce documentaire.