Le mal (culinaire) du pays

Ce dimanche, le Viking et moi avons passé l’après-midi à San Francisco. La principale raison était de se rendre en fin de journée dans un bar dans le quartier Mission pour manger… de la poutine et de la viande fumée « de Montréal ».

Je m’attendais à trouver une foule d’expatriés affamés… nous nous sommes retrouvés assez tôt, avant 18 h, dans un petit bar de quartier absolument sans prétention, où il y avait une dizaine de tables rondes de quatre personnes. À notre arrivée, le bar comptait quatre ou cinq clients. Au bout du bar, derrière une table, se trouvait le propriétaire de Augie’s Montréal Smoke Meat. Nous avons commandé une poutine et un gros sandwich pour deux.

IMG_20151025_173128195_TOPIl y avait même de la Fin du monde, comme vous pouvez le constater.

Test de goût

Enfin, de la vraie poutine! Le fromage était du fromage frais de Californie, les frites était succulentes, bien croustillantes et la sauce, de la sauce à poutine Saint-Hubert. Bref, la vraie affaire!

Quant au sandwich, il contenait de la viande fumée « medium », servie sur un vrai pain de seigle, elle était très bonne, tranchée finement. Si elle avait été plus chaude, j’aurais donné une note parfaite!

Le propriétaire d’Augie promène sa gastronomie montréalaise dans quelques endroits chaque semaine afin d’amasser l’argent pour ouvrir un vrai restaurant… à Oakland! On a bien hâte!

 

Deux clichés sur les armes à feu qui m’énervent

Un aspect aliénant et difficile à comprendre pour un étranger qui vit aux États-Unis, même s’il est Nord-Américain, est l’omniprésence des armes à feu dans la culture américaine.

Il y a plus d’armes que de citoyens. Selon des statistiques très sérieuses de 2013, il y avait en sol américain 357 millions d’armes et 317 millions de personnes. Le pire, c’est que depuis que Barack Obama est au pouvoir, les fabricants d’armes américains ont doublé leur production. Vous pouvez vérifier ces données par vous-même ici (lien du Washington Post en anglais).

Deux clichés m’énervent particulièrement. Le premier?

« Le policier, craignant pour sa vie, a fait feu… »

Cette phrase tirée de tous les communiqués de presse de services de police américains doit être dans un raccourci clavier de tous les journalistes du pays affectés aux faits divers.

L’an dernier en décembre, j’avais acheté la très sérieuse revue britannique The Economist, qui recensait les données suivantes: le FBI compile environ 400 « homicides justifiés » par les forces de l’ordre chaque année aux États-Unis; ces données sont divulguées volontairement et l’étiquette de « justifiés » vaut seulement si le personne décède alors qu’elle était en train de commettre un crime. La revue estimait que le nombre réel était probablement supérieur. Pendant ce temps là en 2013, en Angleterre et au pays de Galle, les policiers ont dégainé leur arme trois fois et n’ont tué personne…

Le journal britannique The Guardian a voulu faire le point sur la question. Pour l’année en cours, ce journal recense tous les décès commis par des policiers aux États-Unis, un projet intitulé The Counted. En date d’aujourd’hui, le total s’élève à 927.

La semaine dernière à San Francisco, un homme a été abattu en plein jour sur l’heure du midi, en plein centre-ville, près du métro Powell. Il aurait fait un corps à corps avec un policier, celui-ci a crié à son collègue « Il prend mon arme, tire-le! » Nous sommes chanceux qu’il n’y ait pas eu de balles perdues ni de blessés. Sa mère l’attendait à la bibliothèque municipale à quelques rues de là, il lui avait dit qu’il allait se chercher à manger. Pourquoi a-t-il eu une altercation d’abord verbale, puis physique avec des policiers, pour en mourir bêtement en quelques minutes? Je ne sais pas. Mais pour moi, deux choses sont liées: le manque de formation générale des policiers et le manque de formation en santé mentale des policiers.

Si les policiers craignent pour leur vie, bien sûr que c’est lié au nombre cité précédemment: 357 millions d’armes. Mais aussi au manque de formation. Au Québec, pour devenir policier, peu importe si le corps de police est municipal ou provincial, il faut d’abord étudier au cégep en techniques policières, un programme de trois ans. Ensuite, il y a une formation de 15 semaines à l’École nationale de police du Québec. Vous souvenez-vous des comédies ridicules des années 1980 Police Academy? Chaque « grande ville » américaine assure sa propre formation à même ses fonds, sa propre académie de police. Par exemple, à Oakland, la formation est de neuf mois. Neuf mois et vous vous retrouvez une arme à la main en train de patrouiller. Et quand les coffres de la ville sont vides, par exemple, durant une récession, c’est simple: pour économiser, on ne forme pas de policiers durant quatre ans. C’est ce qui est arrivé à Oakland après la récession de 2008.

Et puis, craindre pour sa vie n’est pas toujours la vérité. Comment expliquer que deux policiers du Delaware tuent un homme (de race noire évidemment!) en fauteuil roulant? Selon eux, l’homme s’était blessé dans une tentative de suicide par arme à feu; ils le mettent en joue et lui ordonnent de mettre ses mains en l’air; comme il ne lève pas les mains assez vite, ils le tuent d’une dizaine de balles.

Vous n’êtes pas armé? Vous êtes armé d’une paire de ciseaux? Vous êtes nu, donc vous ne pouvez rien dissimuler? Faites attention, vous représentez une menace pour un policier américain.

J’ai l’air de me moquer, mais la vérité, c’est que j’ai peur. J’ai toujours respecté les policiers québécois ou canadiens, mais ici, je ne veux pas avoir affaire à eux, un point c’est tout.

« Il faut empêcher que les armes tombent dans les mains des criminels et éviter trop de tracasseries aux honnêtes citoyens »

Puisque le lobby pro-armes est si puissant, pas question pour les Démocrates de demander de limiter le droit à avoir une arme: l’honnête citoyen ne doit pas être embêté par l’intrusion du gouvernement dans sa vie privée. Et puis, se dit l’honnête citoyen, puisqu’un criminel est quelqu’un qui ne respecte pas la loi, pourquoi moi je devrais me soumettre à des lois quand les criminels peuvent toujours se procurer des armes comme ils le veulent?

Le problème, c’est que la majorité des victimes, mortes ou blessées par armes, ne l’ont pas été des mains des criminels:

Chaque semaine aux États-Unis, un bambin de moins de trois ans met la main sur une arme et fait feu. C’était écrit en toutes lettres dans une dépêche du Washington Post la semaine dernière: « Environ une fois par semaine en moyenne cette année, un jeune enfant a trouvé une arme, l’a pointé vers lui ou quelqu’un d’autre et a fait feu. » Plus loin dans l’article, on explique quelques cas: « un enfant de trois ans a trouvé le moyen de blesser ses deux parents avec une seule balle dans une chambre de motel d’Albuquerque. » « Ces chiffres n’incluent pas les cas où de jeunes enfants sont victimes, intentionnellement ou non, d’une arme à feu tire par des enfants plus âgés ou des adultes. »

Depuis 1968, plus d’Américains sont décédés par arme à feu que le nombre total de soldats de toutes les guerres menées par les États-Unis depuis leur guerre d’Indépendance contre l’Angleterre au 18e siècle.

Selon le Centers for Disease Control (CDC), l’équivalent de l’Institut national de santé publique du Québec:

« En 2013, 63% des morts par armes à feu étaient des suicides, 33% des homicides et environ 1 % respectivement d’accidents, d’intervention légales et de causes indéterminées. »

Et dans le 33% d’homicides, je serais curieuse de savoir la proportion liée à la criminalité, probablement plus basse que bien des gens ne le croient. Selon d’autres données du CDC, en 2015, il y aura davantage de morts par armes à feu que dans des accidents de la route, une triste première.

Dernière statistique : la population des États-Unis compte pour moins de 5 % de la population mondiale, alors qu’elle compte de 30 % à 50 % de toutes les armes à feu de la population civile mondiale.

Tant qu’il y aura autant d’armes, rien ne changera et les massacres (tueries de plus de quatre personnes) se poursuivront comme si de rien n’était. Et Jeb Bush continuera de dire que « ça arrive » (« stuff happens » a-t-il déclaré après la fusillade du 1er octobre au collège Umpqua de l’Oregon).

Ricardo a raison

J’ai profité de mon passage à Montréal en septembre pour « emprunter » un exemplaire du magasine Ricardo qui promettait un « pain maison immanquable ». C’est une recette qui n’exige pas de pétrissage : en gros, on laisse lever la préparation toute une nuit, on fait dégonfler la pâte, on la fait lever de nouveau 45 minutes, puis on cuit le pain au four.

La preuve :

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Aussi bon que le pain campagnard de Première moisson!

Pour voir la vidéo de Ricardo cuisine, c’est .

Le sexisme ordinaire

Quelques récentes nouvelles suffisent à illustrer que le sexisme « ordinaire » persiste et que l’égalité des hommes et des femmes n’est pas encore une réalité.

1) Les mains baladeuses de « mononcle Marcel »

Marcel Aubut a démissionné de la présidence du Comité olympique canadien pour « allégations de harcèlement » et parce que son « attitude a pu être perçue comme discutable auprès de certaines personnes de la gent féminine ».

Cette histoire a engendré une chronique de Réjean Tremblay dans le Journal de Montréal, qui ajoute une couche bien épaisse de condescendance et de « mononclitude »: « On assiste à une formidable remise en question des relations entre les femmes et les hommes dans le monde du travail et des institutions. Les femmes n’ont rien à tolérer de sexiste et de discriminatoire. C’est un droit strict. Les hommes devront maintenant apprendre à trouver leurs marques dans ce nouvel univers. »

Oui, pour Réjean Tremblay et Marcel Aubut, ne pas traiter les femmes en objet sexuel qu’on peut toucher quand on veut constitue un « nouvel univers » où les hommes doivent « apprendre à trouver leurs marques. »

2) Trouver ses marques à la télévision

Un humoriste italien ignore manifestement qu’il vit dans un nouvel univers… à voir ici.

France 3 télévision présente une publicité pour mettre en valeur le fait que ses présentatrices sont plus nombreuses que les présentateurs… et la retire des ondes parce qu’elle est d’un sexisme à hurler! À voir ici.

3) Lueur d’espoir

Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a approuvé hier une loi qui vise à s’assurer que des hommes et des femmes qui exercent des tâches similaires aient un salaire égal. La loi empêche aussi les femmes d’êtres punies par leur employeur parce qu’elles discuteraient des conditions salariales avec d’autres employés. Même si en théorie les employés peuvent discuter de leurs conditions de travail en vertu de la National Labor Relations Act, selon un sondage de 2010, environ la moitié des travailleurs américains disaient que discuter de leurs conditions sur leur lieu de travail était interdit, constituait un motif de sanction disciplinaire ou était fortement déconseillé. Selon des experts en relation de travail, ce silence constitue un des principaux obstacles à l’égalité salariale.

Pour paraphraser le Front de libération des femmes, « Femmes, deboutte! »

Floraison automnale

Lorsque je suis rentrée il y a quelques semaines, j’ai été agréablement surprise de voir des fleurs sur mon balcon. Les arbres du jardin font tellement d’ombre que j’avais acheté des plantes qui poussent à l’ombre avec une pointe de scepticisme :  on verra bien si ça va pousser, que je me disais.

À cette époque de l’année, je crois que les plantes ont davantage de lumière parce que le soleil est plus bas à l’horizon, elles ont désormais un peu de lumière le matin et à la fin de la journée.

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Impatiens niamniamensis « African Queen » ou « Congo Cockatoo »

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Plectranthus ciliatus « Zulu Wonder »

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Les fleurs ressemblent à des lilas, mais sentent davantage la menthe poivrée que la fleur délicate.

Prochaine étape: voir si ces plates peuvent survivre à un hiver pluvieux.