Le mal (culinaire) du pays (2)

Le Viking et moi sommes joyeusement complémentaires : il est l’homme des chiffres et de la rationalité béton, je suis la femme de lettres plus artistique. Notre complémentarité s’exprime même… à l’épicerie. Et là, c’est l’inverse qui se produit : c’est moi qui magasine avec une liste, de façon « scientifique », n’allant que dans les rangées où se trouvent les produits de ma liste, alors que le Viking aime déambuler dans TOUTES les rangées, question de s’exposer à toutes les tentations gastronomiques possibles.

Et si vous vous êtes déjà dit « mon Dieu que c’est mal fait ici, le pain est à un bout, les fruits à l’autre, la viande de l’autre côté », ce n’est pas un hasard. On sépare les produits de base pour que les clients passent plus de temps à l’épicerie pour augmenter le nombre d’articles qu’ils achèteront. (Refka Khamassi, dans un mémoire déposé à l’UAQM en 2012 intitulé L’effet d’expérience en magasin sur l’achat impulsif dans un supermarché, cite une étude : « lorsque le magasin est aménagé au sens d’aiguille de l’horloge, les personnes (…) se déplacent facilement dans le commerce de détail ainsi elles dépensent plus d’argents ». Dans un autre document, j’ai trouvé ceci : « En règle générale on note que les rayons à faible rotation sont situés à l’entrée du magasin et les rayons à forte rotation à l’extrémité du point de vente. Ce schéma oblige le consommateur à transiter dans un maximum de rayons avant d’accéder au linéaire dans lequel il va trouver le produit qu’il recherche. » [Source: Comment implanter les rayons d’un magasin pour améliorer sa rentabilité]

Bref, le Viking aime prendre son temps à l’épicerie et rendre heureux les actionnaires des magasins. Voici un achat qu’il a fait alors que je lui avais demandé « d’acheter une protéine, n’importe laquelle », pour le souper :

IMG_1657

Oui, vous avez bien vu, les fameux biscuits Whippet sont exportés aux États-Unis!

Test de goût

Ces Whippet sont enrobés de chocolat noir. J’ai refusé d’en manger, je trouve la guimauve trop sucrée. Le verdict du Viking : « Ouain, c’est vrai que c’est sucré… ». Il s’est sacrifié malgré tout et a mangé tout le contenu de la boîte… C’est beau, le patriotisme!

Déjeuner avec Jerry….

Samedi matin, à mon grand désarroi, nous nous sommes levés tôt. Puisque nous n’avions plus de café, le Viking avait l’excuse parfaite pour me persuader d’aller déjeuner à l’extérieur. Destination : le restaurant Buttercup, à quelque rues de la brûlerie Peerless où nous allons acheter notre café.

Le restaurant Buttercup est adjacent à un hôtel, et c’est un des rares restaurants pas cher, avec de la bonne nourriture et qui reste ouvert jusqu’à 23 h en semaine. C’est le genre de restaurant où les serveuses vous donnent du « babe », « darling » et autres mots doux en vous versant une troisième tasse de café (Peerless!) et où les clients vont s’attabler dans leurs plus beaux habits le dimanche après la messe.

Il était environ 8:30 et le Viking et moi étions attablés tout au fond du restaurant. Tout à coup, je regarde derrière le Viking et je vois un homme à une table qui me semble familier. Je l’avais vu arriver d’un oeil indifférent, un homme d’au moins 70 ans, plutôt chauve, vêtu d’un gros chandail blanc cassé (comment savait-il que le restaurant n’avait pas encore allumé le chauffage? Moi, j’aurais aimé le savoir!).

– « Coudonc, ç’tu Jerry? » que je demande au Viking d’un ton posé (parler en français Québécois est toujours utile dans ces cas-là)

-« Je pense que oui, sa voix me disait quelque chose. »

C’était bien « Jerry », ou Edmund Gerald Brown, gouverneur de la Californie! Il était là, incognito, en train de déjeuner avec un autre homme. Le temps que nous étions là, seuls deux hommes sont allés lui adresser la parole, rapidement et poliment.

Était-ce un hasard? Environ huit policiers sont arrivés après lui et se sont attablés près de l’entrée de cette rallonge de salle à manger où nous étions. Lorsque je suis allée à la toilette, j’ai regardé les clients bien comme il faut et j’ai dit aux Viking, « si y’a des agents secrets, ils ont une casquette de baseball et sont bien déguisés! »

Sa réputation d’homme simple semble véridique! Durant son premier mandat comme gouverneur de 1975 à 1983, puisqu’il était célibataire, il avait refusé d’aller habiter dans la demeure officielle du gouverneur (que Nancy Reagan avait redécorée pour quelques millions de dollars), et vivait dans un appartement de quatre pièces au centre-ville de Sacramento. Selon Wikipédia (ici, où vous pouvez voir une photo de Jerry), « Il s’interdit aussi de se faire conduire en limousine comme ses prédécesseurs et se rend au travail par lui-même dans une voiture de l’État. »

Je savais que « Jerry » habite les collines d’Oakland et que son bureau est sur l’avenue Telegraph (il ne va à Sacramento, là où est l’Assemblée législative, que pour le travail), mais je n’aurais jamais cru croiser le gouverneur chez Buttercup! Une autre excuse bien commode pour le Viking pour m’y traîner plus souvent!

 

Élection, stade et pluie

Vous me pardonnerez mon silence, les dernières semaines ont été bien remplies : travail, cours en ligne, et conférence de l’American Translators Association (ATA) à Miami. Je ne vous dirai qu’une seule chose sur Miami : il y fait bien trop chaud et humide à mon goût. Que font tous ces snowbirds à Miami l’hiver? Et en raison de l’air climatisé glacial de tous les lieux public intérieurs, on passe sans cesse d’un extrême à l’autre, non merci!

Ici aussi, il y a une une élection, celle, sans surprise, du maire de San Francisco, Ed Lee, réélu haut la main. Le seul suspense a été l’élection dans le district qui comprend le quartier chinois: qui allait être élu? La conseillère en poste, qui a été nommée par le maire lorsque le poste est devenu vacant en janvier, Julie Christensen? Ou « le barbu », Aaron Perskin, ancien conseiller municipal du même district?

Le « vote ethnique »

Ni Mme Christensen ou M. Peskin n’est Asiatique, mais la carte du « vote ethnique » a été jouée, disons, en coulisse. En effet, lorsque le maire (d’origine chinoise) a nommé Mme Christensen au poste de conseillère, il l’a préférée à Cindy Wu, présidente de la commission d’urbanisme de la ville. Et ça n’a pas plus à Rose Pak, une lobbyiste aussi d’origine chinoise qui, dit-on, a grandement contribué à la première élection de Ed Lee à la mairie de San Francisco en 2011. Elle a sorti ses longs couteaux et a fait campagne pour Peskin, qui a remporté l’élection.

Histoire de stade

Oakland est une ville qui compte trois équipes de sport professionnel : baseball (A’s), football (Raiders) et basketball (Warriors). Ce brillant tableau s’achève, puisque toutes ces équipes sont atteintes de la même fièvre aphteuse, la « fièvre du nouveau stade », une maladie très contagieuse et très coûteuse à soigner.

Les A’s veulent quitter leur vieux stade de 1964, qu’ils partagent avec les Raiders (les Raiders : « nous sommes la seule équipe de football dans un stade de baseball, bouhouhou »; les A’s : « le stade est trop vieux, on en veut un autre et on veut pas payer! ») Quant aux Warriors, ils complotent pour aller à San Francisco, l’injure pour de nombreux fans. En effet, l’équipe devenue championne de la NBA la saison dernière, a vécu une longue traversée du désert, mais les fans d’Oakland remplissaient le centre sportif même quand elle était championne de la défaite. Ici, on prend très mal ce déménagement, pardon, ces déménagements.

La NFL devrait livrer sa décision après le prochain Super Bowl. La mairesse d’Oakland, Libby Schaaf, s’est rendue à New York cette semaine pour plaider que l’équipe reste, même si la ville ne veut pas lui donner un sou de plus. La ville et le comté paient encore pour des rénovations au stade qui ont permis le retour des Raiders en 1995. Les Raiders, eux, menacent de déménager dans une banlieue de Los Angeles appelée Carson dans un stade qui coûterait… 1,7 MILLIARD de dollars!

Libby, ne lâche pas la patate ni ton carnet de chèque!

Pluie

Il a plu quelque fois depuis deux semaines. Chaque fois que j’entends la pluie la nuit, je ne comprends pas ce qui se passe. C’est très drôle comment on peut oublier des sons! Si l’hiver est aussi pluvieux qu’on le prévoit, les délateurs de gazon vert vont peut-être se trouver un autre loisir.