La nouvelle révolution des transports

Ici dans la région de la baie de San Francisco, les transports changent à grande vitesse, mais pas nécessairement dans le sens que je souhaite.

« Et que souhaite-tu, Jackie? » que je vous entends penser.

Bien, comme à Londres, je souhaite voir des transports collectifs efficaces et surtout, en service après l’heure du coucher des poules. Londres a inauguré ce samedi le service 24 heures sur deux lignes du centre de la ville les fins de semaine. Une excellente chose, qui va profiter à bien des gens, pas seulement les jeunes fêtards. Évidemment, Londres est une grande ville qui attire beaucoup de touristes, mais les autres métropoles devraient réfléchir à la possibilité de copier cette initiative.

Pourquoi pensez-vous que les services de transport qui visent les particuliers comme Uber et Lyft sont nés ici? Parce que les taxis ont, comme dans bien des villes, pas très bonne réputation et surtout, qu’ils ne sont pas si nombreux que cela, et que les transports collectifs, du moins à SF, sont souvent lents. Le métro, lorsqu’il sort en surface, se transforme en tramway qui roule à vitesse d’escargot puisqu’il y a peu de voies réservées.

J’adore le BART, le métro régional, qui est rapide aussi bien en surface que sous terre puisqu’il a des voies réservées. Il est accessible aux handicapés et est bien plus propre que le métro de Montréal. Le principal problème de BART est son coût : contrairement à d’autres moyens de transport, il n’y a pas d’abonnement mensuel à coût fixe, le tarif est calculé en fonction de la distance. Par exemple, quand je me rends au centre-ville de San Francisco, cela me coûte presque 9 $ aller-retour. Pour les travailleurs et étudiants qui prennent le BART au moins 20 jours par mois, c’est une dépense non négligeable. Et le service ferme tôt, encore plus tôt qu’à Montréal : minuit, en semaine comme la fin de semaine! Voilà pourquoi quand je vois l’horaire prolongé à Londres je suis jalouse!

Le Viking et moi on discute souvent de la prochaine révolution des transports, celle des véhicules totalement autonomes et totalement électriques. Mais, nous n’avons pas la même opinion. Lui, il voit cela d’un oeil plus favorable que moi. En gros, ce que les experts et gens d’affaires prévoient, c’est que bientôt les gens n’auront plus de véhicule personnel (ou du moins, en bien plus petit nombre que maintenant, une tendance qui s’observe depuis plusieurs années aux États-Unis, le taux de propriété baisse). Par exemple, vous voulez vous rendre au métro ou à votre travail? Une voiture électrique autonome viendra vous prendre chez vous et une fois vous que vous serez à destination, elle s’en retournera à un stationnement en marge du centre ou ira prendre quelqu’un d’autre. Les urbanistes prévoient que de vastes stationnements qui occupent une superficie tellement grande des villes deviendront inutiles, ce qui libérera de l’espace pour densifier davantage les villes et pour permettre l’aménagement de parcs ou de fermes urbaines. C’est une vision bien tentante de l’avenir.

Ce qui me préoccupe, ce sont les transports collectifs. Puisque la planète continue d’avoir de plus en plus gens, je pense que cette idée du « transport individualisé de masse » doit se poursuivre en même temps que celle du transport collectif classique. La Californie attend toujours son train grande vitesse, qui dont la liaison entre Los Angeles et San Francisco est prévue pour 2029!

Au Canada, il est déplorable de voir que c’est surtout le secteur des « études de faisabilité » qui a fait beaucoup d’argent sur le dos de ce train a révolutionné les transports en Europe et en Asie. J’ai bien peur qu’on ira sur la lune avant de pouvoir faire Montréal-Toronto en TGV!

 

Les mots clés de San Francisco

San Francisco possède un attrait qui ne se dément pas. Comment expliquer qu’une ville où le coût de la vie est si cher continue d’attirer autant de gens? En plus, elle est attrayante pour de nombreux Français. Lorsque j’ai commencé à faire des recherches sur la région, avant que nous nous installions ici, j’ai lu un nombre stupéfiant de fois la phrase « j’ai toujours rêvé de venir à San Francisco » sur des blogues de Français installés dans la région (oui, « rêver »). D’ailleurs, il y aurait 65 000 Français dans la région immédiate de San Francisco.

À quoi je pense quand on me dit San Francisco? Voici un petit exercice avant-après!

Avant 2013, pour moi San Francisco c’était :

-la ville des hippies et de Janis Joplin, du roman Sur la route de Jack Kerouac et « siège social » de la Beat Generation, de la série de roman d’Armistead Maupin intitulée Tales of The City ou Chroniques de San Francisco en français;

-la ville des Giants et du Candlestick Park, là où les Beatles ont fait leur dernier spectacle de tournée le 29 août 1966;

-des cable cars (tramways tirés par des câbles) exotiques;

-un grand quartier chinois;

-la ville où Tony Bennet a laissé son coeur (I Left My Heart in San Francisco);

-une ville où le dernier tremblement de terre notable remonte à 1989 et avant ça, 1906.

En 2016, pour moi San Francisco c’est :

-une ville où le logement est cher (en juillet 2016, le loyer moyen d’un appartement est de 3907$;

-une ville où manger coûte cher. Depuis 2010, le prix d’un plat au restaurant a augmenté de 26% en moyenne pour la liste des 100 « meilleurs restaurants » de SF selon le classement du journal The Chronicle. Un hamburger de moins de 10$ c’est rare, sauf dans les grandes chaînes;

-une ville rongée par le cancer de l’itinérance. Et ce n’est pas faute d’argent! Le dernier budget de la VILLE est de 9 MILLIARDS, plus que bien de petit États américains.

-une ville qui manque de toilettes publiques;

-une ville dynamique, bourrée de gens de gauche;

-une ville sans armurier (le dernier magasin a fermé ses portes il y a quelques mois);

-une ville à l’architecture victorienne unique et à l’architecture moderne unique;

-une ville peuplée de zombies vissés à leur téléphone;

-une ville tournée vers l’avenir et les nouvelles technologies;

-une ville tournée vers le passé (« Pourquoi tout le monde vient s’installer ici? Si on construit davantage de logements, encore plus de gens vont vouloir venir! »);

-une ville où le conseil municipal est divisé entre « progressistes » (type « Québec Solidaire » et « modérés (type « NPD ») avec un maire de centre (type « Parti libéral du Canada ») qui se fait taper dessus depuis que les progressistes sont en majorité;

-une ville brumeuse et fraîche où le port du bermuda relève de l’exploit, réservé à une plage horaire entre midi et 16h environ 15 jours par été;

-une ville qui a un prestige démesuré par rapport à sa population. J’étais si étonnée d’apprendre qu’il y a un peu moins de 900 000 personnes ici, dans une ville qui a tellement d’influence aux États-Unis et dans le monde entier…

-une ville qui a laissé en place une statue « illégale » de Donald Trump nu, installée en catimini simultanément dans 5 villes jeudi. Signe distinctif: la statue n’a pas de couilles. Cleveland a retiré la sienne en 20 minutes… Comme les Américains sont trop prudes, je mets un lien du journal britannique The Guardian, qui publie une photo de toute la « mâlitude » de la statue Trump. C’est ici!

Mise à jour du vendredi : La statue a été enlevée, mais le conseiller municipal du district où était la statue, Scott Wiener, veut persuader la Ville de restituer la statue. Un bar a offert de l’héberger. Le plus drôle, c’est que Wiener a fait adopter un règlement qui interdit la nudité en public sauf dans le cas de certaines manifestations artistiques, comme le défilé de la fierté gaie et la « foire des adeptes du cuir » de la rue Folsom. Je suis sûre que certains vont lui lancer des tomates (virtuelles) à ce propos!

2e mise à jour du vendredi : Cela me rappelle la controverse autour du tableau d’Édouard Manet, le Déjeuner sur l’herbe, qui a fait scandale en 1863 en raison d’une femme nue aux côtés d’hommes habillés. La dame nue n’étant pas une déesse, la nudité du personnage a été jugée choquante par le public de l’époque. Plus ça change….