Incendie et désespoir

Le vendredi 2 décembre, un entrepôt transformé en ateliers et résidences d’artistes a été la proie des flammes dans le quartier Est Oakland. Les pompiers, arrivés sur les lieux en trois minutes, n’ont pu entrer dans l’immeuble. C’était vendredi soir, 23 h 15, une soirée de musique électronique avait lieu. Trente-six personnes ont péri dans l’incendie, des jeunes de 17 à 36 ans, et c’est l’incendie le plus meurtrier de la région depuis les incendies qui ont suivi le tremblement de terre de 1906 à San Francisco. Depuis la semaine dernière, pas une journée ne passe sans qu’on apprenne des détails tous les plus terribles les uns que les autres sur cet entrepôt et sur la négligences des autorités.

Artistes, logements, embourgoisement

L’entrepôt était loué depuis plusieurs années à un couple d’artistes avec trois enfants. Quand on sait qu’un appartement de deux chambres se loue au moins 3000$, il est facile de comprendre le calcul du couple: on va louer cet entrepôt et le sous-louer à de nombreuses personnes pour payer le loyer et se faire des sous. Artistes, jeunes et moins jeunes payaient de 500 $ à 1500 $ pour avoir le privilège d’habiter un lieu insalubre, sans chauffage, à l’électricité bricolée. Au moment de l’incendie, le rez-de-chaussée de l’entrepôt était remplis de plusieurs VR, où vivaient ces locataires. À l’étage avait lieu la soirée où DJ et musiciens faisaient une performance. Un étroit escalier de fortune, fabriqué avec du bois de palette, était l’unique passage entre les deux étages. Il n’y avait que deux sorties dans tout l’entrepôt, pas de gicleurs. Les voisins, qui se plaignaient du bruit des soirées, des bagarres, et des détritus, ont été choqués d’apprendre que des gens vivaient là. Cependant, ce n’était pas un secret : des parents des élèves de l’école où allaient les trois enfants du couple avaient dénoncé les parents aux services sociaux et ils avaient perdu la garde des enfants durant plusieurs mois l’an dernier en raison des conditions de vie dangereuses de l’endroit. L’entrepôt était jonché d’objets et de matériaux et il était parfois difficile de se frayer un chemin dans tout ce bordel, comme a témoigné une ex-voisine. Enceinte, elle peinait à passer dans les « allées » de ce bric-à-brac.

Inspection, quelle inspection?

En novembre, des inspecteurs de la Ville s’étaient rendus sur le lieux, mais comme ils n’ont pu entrer, ils sont repartis. Nous avons appris cette semaine qu’il n’y a aucune trace d’inspection de l’immeuble depuis 30 ans et que les pompiers ont ordre d’inspecter les endroits où ils sont sûrs de recevoir le paiement de 186 $ pour la visite… Depuis l’incendie, des centaines de personnes craignent que la Ville ne décide de serrer la vis contre tous ces entrepôts où elles vivent illégalement. Où vont-elles aller quand non seulement les loyers sont très chers, mais en plus, les propriétaires peuvent exiger un dépôt de sécurité qui représente un ou deux mois de loyer? Ce dépôt est souvent le principal obstacle des gens à faible ou à moyen revenu pour qu’ils accèdent à un logement décent.

Construire!

Une des solutions les plus simples à une crise du logement est la construction d’immeubles. Simple et évident, mais pas pour tous. Il y a deux semaines, je lisais dans le journal que des gens qui habitent près du métro MacArthur pas loin d’ici ne veulent pas d’un nouvel immeuble où pourtant 25% des appartements iraient à des gens à faible revenu. Il y aurait des commerces au rez-de-chaussée et comme c’est à côté du métro, cela répond aux objectifs de densification et de planification urbaine. Pourquoi les gens se plaignent? Comme les fans de Donald Trump, ils ne veulent pas d’étrangers, des « techies » snobs qui ne se mêleront pas aux gens du quartier et vont magasiner seulement par Amazon. Peu importe qui habitera dans les 75% d’appartements au prix du marché, l’important c’est d’en construire des logements! On ne peut continuer de laisser des gens vivre dans des tentes sur les trottoirs (ce n’est pas une blague, il y a des campements à Okland et SF en pleine rue) ou dans des entrepôts insalubres sous prétexte que la loi du marché va finir par régler le problème! Il faut que les villes de la région accordent plus de permis de construction et surtout, qu’elles ne laissent pas une poignée de protestataires faire échouer des projets domiciliaires qui répondent à toutes les normes municipales ou d’état.

Si rien n’est fait, d’autres incendies du même genre pourraient se répéter.

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A propos Jackie

Jackie Waterman est tombée dans la soupe à l'alphabet à l'age de 6 ans. D'abord journaliste, puis désormais traductrice de l'anglais vers le français, elle quitte le Québec pour s'installer à San Francisco en 2013. Ce pseudonyme est un discret hommage à l'antihéros Jack Waterman du roman Volkswagen Blues du romancier québécois Jacques Poulin.

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